Témoignage du Deuil
- Pia
- 29 nov. 2025
- 4 min de lecture
Le 17 septembre 2024 est une date que je n’aurais jamais voulu retenir, une date qui, j’espérais, n’aurait jamais existé. À 38 ans, le destin a choisi que mon frère Collin quitterait ce plan terrestre. C’est toujours aussi difficile d’y croire que de l’écrire après plus d’un an. J’ai l’impression d’être dans un mauvais scénario ou d’attendre un miracle, un signe, la réapparition impossible de celui que j’aime.
Il y a comme un apaisement quand la voix de la sagesse et celle de la spiritualité m’accompagnent. La sensation que quelque chose de lumineux et de réchauffant apaise le corps et l’esprit. Je dirais que ça doit être ce qu’on appelle la foi, et ainsi je me connecte à elle dans cette verticalité.
C’est elle qui génère la possibilité d’un « après », ou plutôt d’un « présent », que rien n’est séparé et que, d’une manière ou d’une autre, il est là et nous sommes reliés. Qu’il peut nous voir, même nous entendre et nous envoyer des messages.
Et il y a ces moments où j’ai pleuré à chaudes larmes puis ce silence. Cet espoir, encore, de le revoir après cette étape terrestre. Je retrouve confiance dans le grand Tout quand la pensée de la résilience traverse mon cœur : la vie et la mort ne sont peut-être que deux expressions d’un même chemin d’élévation et de maturité.
J’aime cette métaphore, la chenille croit que c’est la fin et le papillon précise que ce n’est que le début.
La mort est peut-être le plus grand mystère de la vie et mon frère y a accès ; peut-être côtoie-t-il les plus grands (anges et archanges) et qu’il est libéré de toutes blessures, schémas, masques et aliénations. Qu’il est baigné dans son océan de lumière et dans la grâce de la pureté de son cœur.
Peut-être que nous, êtres incarnés sur Terre, sommes à des années-lumière du véritable savoir de la Vie, que nous passons à côté des choses les plus essentielles dans ce monde très matérialiste, et qu’il y a bien plus grand et beau que ce que croient voir nos yeux.
Encore plus étrange : il habitait si loin, à l’autre bout de la Terre, que depuis sa disparition il m’est devenu omniprésent.
En attendant que cet espace puisse rester ainsi et apaiser mon cœur, le deuil prend du temps et frôle une vacuité « vide » de sens. Déjà plus d’un an, et le mental en est resté encore sur le cul, bouche bée. Comment imaginer l’inimaginable, nous qui sommes des êtres de matière, comment toucher et évoquer le néant, le jamais plus, l’invisible, sans avoir eu le temps de dire au revoir, si tôt et si jeune ?
J’ai vaguement entendu parler des étapes du deuil et on m’a gentiment conseillé un soutien psychologique et spirituel. J’ai rencontré quelques lumières qui m’ont soulagée le temps d’une étreinte et d’une phrase réconfortante, souvent des personnes que je ne connaissais que très peu. C’est parfois plus facile de se livrer et de partager des instants qui nous traversent avec des gens de passage, presque inconnus, sans filtre, sans masque, sans conséquence, sans peur de bousculer.
J’ai voulu connecter à l’au-delà, parler à des médiums spécialisés dans le contact des défunts, rencontrer un professionnel en EMDR et puis tant de choses pour me relier à lui, à moi, être écoutée, entendue, faire vivre ce deuil, cette mort — quelle belle ironie de vouloir faire vivre la mort
En parler, parler de lui pour qu’il existe encore, qu’il vive au travers des gens qui traversent des choses similaires et pour me sentir moins seule dans cette souffrance.
Oui, c’est exactement cela : faire vivre cette souffrance, ce cœur brisé et ces pleurs pour me relier à lui comme si la profondeur de la tristesse était égale à la profondeur de mon amour pour lui et preuve de notre reliance. Parce qu’il ne reste plus que ça d’intense, parce que les souvenirs sont par définition passés et que dans le présent on ne croit qu’il reste grand-chose, à part cette peine.
Et puis finalement je n’ai rien fait, je n’ai rien voulu changer pour mieux digérer et être ce que j’étais pleinement, sans être interférée, sans être transmutée, surtout que trois mois après son départ je suis tombée enceinte. C’était le début d’une autre histoire qui se construisait, et qui se tisse encore aujourd’hui.
Une partie de moi est partie avec lui, comme ceux qui savent que la vie ne sera plus jamais pareille, avec un goût que l’on pourrait dire amer. Je suis de nature optimiste, joviale, pleine d’élan de vie et d’envie. Sa disparition m’a comme coupé l’herbe sous les pieds : d’un coup il n’y avait plus rien, à part ce dégoût pour la vie, comme une envie de vomir constante, et j’en voulais à toi, la Source divine. Il a donc fallu — et il faut encore — réapprendre à aimer avec un cœur brisé, recoller les morceaux et avancer avec cette peine et cette cicatrice immense, invisible à l’œil nu et pourtant si vive.
Je crois qu’il n’y a pas de recette magique pour surmonter un deuil. Et si je pouvais en créer une, alors j’y mettrais beaucoup de résilience, d’acceptation et, bizarrement, de la confiance (en quoi ? je ne sais pas… celle de la foi sûrement) et beaucoup d’amour.
Parfois il y a mille questions impossibles qui viennent ricocher dans une quête irréalisable, celle de découvrir l’après.
Est-ce que c’était écrit ? Était-ce karmique ? Naît-on vraiment avec une date d’entrée et de sortie dans la vie ? A-t-il sauvé sa famille avant ce périple ? Était-ce un moyen de s’échapper ? Pourquoi lui ? Pourquoi le monde invisible nous a-t-il abandonnés ce jour-là ? Pourquoi n’a-t-il pas ralenti, écouté ? Pourquoi n’a-t-il pas pu évoluer dans cette incarnation, et guérir de ses blessures ? Son âme se réincarnera-t-elle ? A-t-il des missions là-haut, peut-il évoluer ? Est-il seul ou entouré ? Quel est son état d’esprit ? Est-il devenu un ange pour nous, un veilleur ? Est-ce qu’il va véritablement revenir un jour pour se connecter à moi de manière extraordinaire — je l’espère ? Peut-il voyager dans un autre univers, le multi-univers ou les dimensions parallèles ?
A notre échelle, si je vis longtemps, disons encore 60 ans, c’est long pour le retrouver …
Le chemin continu avec toi au dessus
Pia
PS: n'attendez pas qu'il soit trop tard pour partager avec les gens que vous aimez




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